lundi 24 septembre 2012

6. Lecture: John Updike - My Father's Tears

Message de Livia, ayant été absente lors de la réunion consacrée à ce livre:
Chers Amis,

j'aurai mis du temps! je n'ai malheureusement pas eu la présence d'esprit de le faire tout de suite, mais voici mes impressions du livre "My Father's Tears":
 
Pour moi, la lecture de ce livre était différente des autres lectures qu’on a rencontré jusqu’à aujourd’hui dans notre cercle de lecture, surement du au fait qu’il s’agit ici de short-stories, et qu’il est moins simple de voir le tout comme une œuvre globale. J’ai pour ma part ne pas été séduite par toutes les histoires, certaines m’ont beaucoup plu, d’autres moins, ceci dit, je trouve que ce livre n’est effectivement pas là pour « séduire » le lecteur, mais c’est plutôt une invitation à une rencontre absolument honnête et sincère, dépourvue de toute apparence gratuite ou effet surprenant.

Je vais par la suite dire deux-trois mots au sujet de chaque histoire, mais avant tout je souhaite soulever une thématique qui m’a frappée :
Le point commun de toutes les histoires présentes dans ce livre est pour moi le fait, que tous les protagonistes se perdent. Ils se perdent dans leur vie, dans leur quête de sens, dans leur envie de vivre des émotions passionnantes, dans leur besoin de mieux comprendre. Tout le monde se perd. C’est un constat douloureux et triste, et à partir du moment où j’ai senti cette thématique (à partir de la 7ème ou 8ème histoire peut-être) je n’ai plus réussi à me défaire de cette impression, et n’ai pas pu m’empêcher de lire les suivantes sous cet angle de vue. Il s’agit pour moi effectivement d’une série de portraits d’humains très seuls, désillusionnés, mis à nu, souvent âgés et par ce fait proche de la mort. Souvent, le cours d’une histoire va d’une quête jusqu’au détachement, comme le résumé d’une vie, une vie trop courte pour arriver au terme de la quête, et trop longue pour ne pas se poser certaines questions qui sont justement : qui suis-je, et qu’est-ce qu’on attend de moi ? Malheureusement ces questions restent sans réponse – ou la réponse est très simple : on n’attend rien de toi, si ce n’est de vivre ta vie, telle qu’elle se présente à toi. Pour moi c’est une réponse qui me reste un peu à travers la gorge, nous sommes face à des humains qui vivent leur vie inscrite dans et dévouée à une société, mais celle-ci ne leur donne rien en retour. Ils avancent tous seuls, doivent se définir seul. La famille est là, mais elle fonctionne plutôt comme un grille qui permet de tisser une vie que d’un vrai réseau ou filet.
L’humain dans « my Father’s Tears » est effectivement livré seul à sa condition humaine, et l’auteur n’est pas prêt à le délivrer ce cette condition insatisfaisante.

L’auteur : c’est à dire nous avons à vrai dire à faire à deux auteurs :
John Updike comme l’écrivain de toutes ces histoires d’un part ; et je pense qu’il n’est pas faux de lire la plupart de ces histoires ou mémoires comme des allusions autobiographiques
et ses héritiers d’un autre côté (The Estate of John Updike), qui ont publié ces histoire, et qui surtout on décidé de les publier tels quels, dans la suite que nous avons devant nous. S’agit-il éventuellement d’un testament ? Le n’est pas choisi au hasard : My Father’s tears, justement. J’ose y lire une note triste, un constat quelque peu amer. Toutes ces larmes qui n’ont pas le droit de couler durant toute une vie, qui sont retenues ou avalées, est-ce qu’elles seraient évoquées dans ce titre ?

Quelques notes au sujet de certaines histoires – j’en profite par ailleurs pour noter quelques phrases clés, quel plaisir de re-écrire cette belle langue… encore un livre à mes yeux ou n’importe quelle phrase est digne d’être lue à haute voix :

Morocco décrit un voyage familial, un grand inconfort, aucun sentiment de bien-être ou de confiance. « We had espaped » - mais de quoi au juste ? D’une menace extérieure (donc le pays inconnu, incompréhensible) ou d’une terreur intérieure (la famille qui ne fonctionne pas comme un corps uni) ?

Personal Archaeology est l’introspection personnelle et sans pitié ni illusion d’un homme âgé durant une promenade sur son territoire. En parlant des balles de golf il dit « We had never expected to find them », jolie métaphore à mon avis pour le sens de la vie : s’apprête-t-il à trouver un sens à sa vie ? Savoir par quoi ou par qui il se défini ?

« Well, what is free ? » se demande Harry dans Free, à nouveau un portrait d’un homme de 60ans+, qui essaie d’attraper quelque chose qui lui aurait échappé durant sa vie. Après la mort de sa femme Irène, qui prononce une phrase d’un constat tellement triste avant de mourir : « I knew I was boring to you but I didn’t know how else to be », il va à la rencontre de son ex-amante Leila. Ces retrouvailles ne sont pas ce qu’il s’est imaginés, on ne sait par ailleurs pas forcément ce que Harry s’était imaginé, le fait est qu’il se rend compte que sa place n’est pas au bord de la piscine avec Leila, mais qu’il est enveloppé de la présence d’Irène, et peut-être justement de la vie telle qu’il l’a vécue…

David, dans A Walk with Elizanne, est également le portrait d’un homme âgé, qui se rend compte que toutes les promesses et prédictions faites dans sa jeunesse sont restées sans suite. « David will go places » avait promis la maman d’une collègue d’école. Aujourd’hui, il essaie de « recapture the walk » (with Elizanne) comme s’il représentait une ultime chance de redessiner le chemin de sa vie.

The Guardians est à mes yeux une des histoires les plus sereines dans cette collection, un vrai cadeau, récit sous forme de souvenirs d’enfance, évocation d’une confiance en la vie, douceur et harmonie. Même la mort est harmonieuse : « The died, at tactfully spaced out intervals, in order of their birth. » Magnifique.

The Laughter of the Gods est à mes yeux une histoire compliquée, à l’image de ce qu’elle met en scène : vouloir comprendre la relation de ses parents est sans doute un souhait développé par chaque enfant, mais probablement difficile pour tout le monde, ou du moins absolument dépendant de ce que transmettent les parents. Dans le cas de Benjamin Forster, cette recherche rencontre des moments de grande ironie et de sarcasme, et se termine finalement tout de même dans un bouquet final : « His father had given his mother his all ».

Grande surprise de trouver dans ce livre une histoire autour du 11 septembre – Varieties of Religious Experiences se distingue néanmoins de tous les commentaires que j’ai lu et entendu jusqu’à présent au sujet de cet événement. Ici il s’agit de 4 (ou 5 – si on considère que le portrait de Dan et celui de sa petite fille Vicky sont indépendants l’un de l’autre) histoires de vies chacune fondamentalement différente l’une des autres, et tout de même elles dépendent toutes les unes des autres. Une belle image pour l’humanité, d’une grande lucidité, mariée à beaucoup d’indulgence.

« You’ll get lost » dit Leonora à Brad dans Spanish Prelude to a Second Marriage, et c’est ici que j’ai trouvé le fil rouge de ma lecture (ou c’est à partir de ici que je n’ai plus réussi à m’en débarasser…). Deux personnes qui orbitent ensemble, mais qui ne recherchent pas la même chose ; la vision de Brad est entremêlée à des souvenirs d’un voyage précédent, à l’histoire de Juana La Loca (j’ai beaucoup aimé cette allusion), Leonora fonctionne comme le lien au confort et à la sécurité – comme un pont entre son monde intérieur et celui qui l’entoure.

Delicate Wifes était à mes yeux une histoire complètement intriguante… L’idée de développer le désir et la jalousie autour de la maladie me paraît osée… « For what was more majestically intimate even than sex but death ? »

Une histoire sur le mince équilibre entre « monde vivant » et « monde mort » d’après moi : The Accelerating Expansion of the Universe. David Fairchild, de nouveau un homme à l’âge de la retraite, reste étrangement stoïque face à la situation  surprenante de son accident à Sevilla, détaché de son corps, de sa vie, et développe une fascination pour ce qui est étranger à lui, il commence à observer le docteur, ses gestes etc, et au retour à la maison à se souvenir de cet incident, comme s’il couvrait un manque dans sa vie : le contact. C’est ainsi qu’il mourra: d’un trop plein de contact en quelque sorte (ou d’un trop peu car il n’y était pas préparé ?) : écrasé par un meuble plein d’associations et de souvenirs…

German Lessons ne m’a pas beaucoup plu, dans que je puisse rééllement dire pourquoi. Cela me paraissait comme une épisode dans une vie, qui permettra pendant un long moment de raconter des histoires qui amuseront tout le monde. Mais c’est sans doute un jugement injuste, je me réjouis d’entendre vos impressions.

« He felt lost » à nouveau dans The Road Home. Atmosphère pluvieuse, grise, maussade dans une ville que David Kern est censée connaître comme sa poche, ayant grandi là. Mais il se perd et route, trouve le restaurant du rendez-vous avec de la peine à l’aide d’inconnus. Petits détails bien observés : les chaussures sales et mouillés, les lampadaires éblouissants etc.

My Father’s tears ne m’a pas énormément inspiré non plus, si ce n’est que j’ai beaucoup aimé la comparaison ou entre les larmes et les traces d’eau dans les paysages survolés.

Kinderszenen est mon histoire préférée de ce livre. Quelle magnifique idée de décrire tout un monde vue par une maison : les 4 côtés qui sont chacun un monde à part entière. Les 4 piliers : les parents et les grand-parents. Vie intérieure et vie extérieure. « Windows frame pictures of the world outside. » J’ai adoré.

La description d’un voyage en inde et de l’attrait de l’exotique en quelque sorte d’un couple plus jeune, photogénique, séducteur, urbain. The apparition m’a beaucoup amusée lors de la lecture, mais ne m’a pas impressionnée plus que ça – à part que j’ai été surprise du fait que l’histoire termine sur l’image de la tombe.

Blue Light – étrange essai autour de l’idée de cellules immatures. Fritz Fleischer avec se problèmes de peau (peau = limite entre le monde intérieur et personnel et le monde extérieur) se retrouve après une intervention  face à ses enfants, qui lui sont tous étrangers au fond, avec peut-être une exception qui est Aurora, sa première fille, qui n’est peut-être plus une cellule immature (« she knows her life has been mostly lived »).
Douloureuse confrontation au monde à travers un visage brulant…

Outage nous propose une histoire d’une rencontre amoureuse dans le noir du à une coupure d’électricité. Parenthèse de l’extraordinaire dans deux vies ordinaires.

The full glass : histoire qui ne m’a pas beaucoup touchée, impressions de moments d’harmonie ou de bonheur…, à part « so that I can see the lights go out », ce passage m’a beaucoup plu, et j’aime cette idée de pouvoir éteindre soi-même les lumières, et pas seulement ça, les voir s’éteindre…


En passant en revue toutes ces histoires, je vois que je suis fortement confrontée à mes propres craintes et angoisses face à la vie et à la mort. Drôle de constater que j’aime les histoires harmonieuses, pleines de promesses, et moins celles où la fin est proche… Suis curieuse de lire ou entendre vos lectures et sentiments !